Pour des politiques culturelles émancipatrices, multiculturelles et populaires

Tribune signée par 63 acteur.rices culturels du territoire

Les politiques culturelles sont mises à mal particulièrement depuis ces dernières années aussi bien par le gouvernement que par certaines collectivités territoriales. Le secteur culturel n’est pas essentiel paraît-il. Si nous ne rejetons pas l’intégralité des politiques culturelles menées ces dernières années à Grenoble, nous pensons que de nombreux points sont problématiques et nous souhaitons proposer une nouvelle vision de concevoir les politiques culturelles. Nous voulons, par ce communiqué, mettre les politiques culturelles et notre vision au cœur du débat médiatique et de l’élection municipale, car nous pensons que, oui, la culture est essentielle, surtout dans les périodes de tensions et de montée de l’extrême droite comme celle que nous traversons actuellement. 

Nous avons la chance d’avoir un territoire aux dynamiques culturelles et associatives foisonnantes et d’une richesse incroyable. Elles participent à la vie politique et à l’animation du lien social. Dans une vision municipaliste et d’éducation populaire, nous pensons qu’une collectivité comme la ville de Grenoble doit accompagner et soutenir les initiatives citoyennes et associatives, pas les remplacer. Nous souhaitons limiter les gestions municipalisées de certains événements, structures culturelles et socioculturelles.

Nous voulons arrêter de considérer les acteur.ices culturels comme des prestataires de services mais les inclure dans un plan global du territoire. Le territoire se développe de manière économique mais aussi grâce aux bénévoles, aux actions des associations et de l’éducation populaire. Nous parlerons volontiers de développement culturel ! Il s’agit de créer les conditions d’une culture non pas administrée mais citoyenne, c’est-à-dire d’une prise en charge de la culture par ceux à qui elle est destinée. Le développement culturel prend en compte toutes les disciplines artistiques et culturelles ainsi que les droits culturels.

La culture ne se réduit pas à l’accès et à la consommation artistique mais doit s’élargir à tout ce qui permet à chacun, individuellement ou collectivement, d’appréhender le monde, pour se construire et agir. La participation de tous et toutes à la culture contribue à la formation du citoyen et constitue un garant pour la démocratie.

Face au repli identitaire, face à un candidat corrompu, face à la la censure et au contrôle qui deviennent trop omniprésents par des élu.es principalement de droite mais aussi parfois de gauche, face aux baisses drastiques des financements de la part de certaines collectivités, face à une majorité pas claire sur ses ambitions et stratégie en termes de politiques culturelles, nous avons décidé, nous acteurs culturels, de soutenir le Grenoble Alpes Collectif et son programme culturel. Ce soutien est aussi un espoir pour que la culture ne soit pas une variable d’ajustement pour les élu.es mais deviennent un véritable espace de création, de liberté, d’émancipation, détachées des intérêts politiques.

Nos propositions

Budget / Financement  des assos

  1. Supprimer certains les événements culturels ou événementiels municipaux existants comme la Fête des Tuiles, la Biennale des Ville en Transition et de réorienter les financement vers des événements ancrés dans les quartiers, pensés et portés par leurs habitant·es et les acteurs culturels et socioculturels. Laisser la liberté aux acteurs culturels de créer des évènements d’ampleur sur le territoire sans les estampiller/récupérer par la ville de Grenoble. Nous nous engageons à ne créer aucun nouvel événement culturel, afin de soutenir les initiatives portées par les habitants et la société civile.
  2. Maintenir le budget culture
  3. Financer des événements culturels dans les quartiers. Nous souhaitons permettre aux petites structures / collectif d’habitants des quartiers de demander des aides jusqu’à 3000€ pour mener à bien leur événement à destination des habitants. 
  4. Sortir au maximum des logiques d’appels à projets du fait de ne plus organiser d’événements ville. 
  5. Bi annualiser voire tri annualiser certains financements de manière plus systématique : artistes, structures ou événements structurants du territoire.
  6. Soutien à la création avec une augmentation de l’enveloppe à 2500€ au lieu de 1500€
  7. Pour les subventions dépassant 50 000 €, les structures doivent répondre à des critères d’intérêt général : maillage territorial, actions culturelles, partenariats, programmation locale, bien être salarial, etc.

Equipements

  1. Accompagner une transformation des usages du Centre National d’Art Contemporain- Magasin des Horizons.
  2. Accompagner et soutenir les cultures dites populaires comme le hip hop ou les arts dans l’espace publique, non pas en remplaçant les acteurs dans l’organisation d’événements mais en donnant les moyens aux structures de développer leur propre projets. Pour cela, nous défendrons la création d’un Centre ressources Hip Hop à l’échelle métropolitaine porté par les structures hip hop. Le projet Emergence – projet pour la jeunesse, sera intégré au Centre Hip hop dirigé de manière collégiale par ses acteurs associatifs et culturels afin de sortir de la municipalisation de ces pratiques culturelles. 
  3.  Nous donnerons plus de moyens pour la création d’un Pôle ressource des Arts de la Rue et de l’Espace Public qui s’avère indispensable pour répondre à une évolution de ces disciplines sur notre territoire.
  4. Nous soutiendrons au maximum la création de lieux gérés par les habitants du territoire qui ont un projet d’intérêt collectif (ex : papothèque, solexine, osmose, Beyti ma Maison)

Organisation de la politique culturelle de la ville 

  1. Mettre en place des formations systématiques pour les élu·es et agent·es municipaux aux droits culturels. Il s’agit d’un enjeu démocratique fort : garantir la liberté d’expression, prévenir la censure artistique et lutter contre toutes les formes de discriminations — qu’elles soient géographiques, religieuses ou socioculturelles. Mais surtout, c’est une façon d’affirmer que la culture n’est pas un luxe ou une vitrine, c’est un droit fondamental et un outil d’émancipation. Former celles et ceux qui ont du pouvoir de décision, c’est s’assurer que ce pouvoir ne bride pas la créativité, mais qu’il l’accompagne, la respecte et la protège.
  2. Relancer un groupe de travail sur les politiques de la nuit en lien avec la police, les acteurs socio-éducatifs, de solidarités, les acteurs culturels, les habitants. 
  3. Prendre le temps de rencontrer tous les acteurs pour sonder leur besoin et les remettre autour de la table au delà des petits déjeuners culturels

Liberté de création / autonomie 

  1. Création d’un fond de soutien de 10k€/an pour les structures associatives qui subissent de la censure. Cela permettrait surtout de limiter l’autocensure, qui est la plus grande limitation, qui est elle-même créée par la peur des pressions politiques. 
  2. Détacher l’éducation artistique et culturelle ainsi que la charte des transitions des aides à la création.
  3. Soutenir la création de l’observatoire des libertés associatives au niveau régional, et leur donner des moyens

Éducation Populaire

  1. Valoriser les pratiques d’éducation populaire dans les initiatives culturelles
  2. Créer deux autres structures comme l’Art Tendre dans Grenoble (éducation artistique et scientifique pour les 0-6 ans à la Villeneuve)
  3. Soutenir des actions qui permettent de développer l’expression et le sens critique des citoyen.nes
  4. Maintenir et soutenir d’avantages les MJC et les structures de jeunesses indépendantes pour mener des projets culturels et d’EAC (Education Artistique et Culturelle)
  5. Flécher des aides spécifiques pour l’EAC

Métropolitaine

  1. Transformer les 10 jours de la culture pour sortir de la logique de catalogue d’artistes mais aller essentiellement vers plus d’accompagnement dans la programmation artistiques des petites villes de l’agglomération 
  2. Être moteur pour que la métropole définisse une politique culturelle cohérente et équitable entre les différentes collectivités et municipalités qui la composent
  3. Soutenir les grands évènements structurants et populaires du territoire.

Contact : Fabien Givernaud, référent culture du GAC

Fabien.givernaud@gmail.com

Les signataires :
Les personnes dont leur structure n’est pas nommée signent en leur nom.

Alizée Recorbet – chargée de diffusion
Antoine Jacquet – artiste
Alain Manac’h – militant culturel
Cristele Bernard – enseignante-chercheuse / consultante
Julien Mouroux – chargé de production
Marc Bentégeat – chargé d’administration
Arash Sarkechik – artiste
Gilles Kandilian – directeur école de cirque
Didier Semiramoth – président d’asso culturelle et agent de sécurité dans la culture
Jérôme Pupier – artiste
Richard Pesenti – artiste
Zelda Soussan – Metteuse en scène
Kespar – artiste
Nicolas Poirel – coordinateur culturel
Jean Philippe Jeanville – président d’asso culturelle communautaire
Non-Binary Beats – artiste
Emeline Nguyen – Chorégraphe
Lamine Kopa – président d’asso culturelle communautaire
Romain Jamard – artiste
Emile Bertier – dessinateur BD
Yoann FILY – accompagnement et coordination de projets culturels
Clément Corriette – régisseur
Lisa Lehoux – comédienne
Agenda queer MTPG Lgbtia grenoble
Raphael HAIE – circassien
Anaïs NGUYEN THÉ – artiste
Chalouli Naomi – artiste
Pierre Picheret – artiste
Lou Gaillard – artiste
Romane Bossy – chargée de diffusion
Killian Hallier – chargée de diffusion et artiste
Mathieu Vulliet – chargé d’administration
Nicolas Fourquet – régisseur
Nathan Mercier – artiste
Nina Duin – régisseuse
Yoan Richard – artiste
Alanis Vuaillet – chargée de communication
Thomas Hermier – coordinateur Gram’Off On
Lauren Ohayon – artiste
Jean Russell – artiste
Manuel Amadei – artiste
Celine Fuchs – coordinatrice culturelle
Fanette Peilhon – artiste
Marco Gentil – Directeur adjoint de cinéma
Astrid Ligier – artiste
Pierre Baumer – technicien
Elsa Chardon – intermittente
Julien Pionchon – coordinateur le Bruit
Diego Escobar – artiste
Sarah Charlier – artiste
Camille Duval Hafner – artiste
Virginie Dias – coordinatrice culturelle
Manon Fraisse – chargée de programmation culturelle
Florian Vella – artiste
Charlotte Meurisse – metteuse en scène
Nicolas Granet – directeur artistique
Thomas Petitjean – technicien
Lucas Siade – artiste
Santiago Nicola – artiste
Soheyl «Efrasis» Sari Aslani – artiste
Marianne Bonnard – salariée culturelle
Jérôme Villeneuve – acteur culturel
Fabien Givernaud – directeur artistique