Les 26 et 27 juillet à Bagnolet se sont tenues les premières assises du communalisme*. L’événement, organisé par PEPS, les Verts Populaires, le Collectif pour l’écologie populaire, Sainté Populaire, Nantes Populaire et initialement L’Offensive (qui s’est retirée de l’organisation de l’événement), avait pour but de réunir les différentes composantes du mouvement communaliste en France.
Le pitch de l’événement sur le site hébergeant le programme :
Nous sommes pour une écologie anticapitaliste, qui rompe avec l’environnementalisme, avec l’écologie bourgeoise. Une écologie qui reconnaît le rôle central des activités de soin, de subsistance et de reproduction sociale, longtemps invisibilisées, et qui sont pourtant au cœur de toute société vivable. Cette écologie concrète et populaire s’ancre dans les communes, dans les quartiers, dans le monde paysan, dans les marges sociales. Là où se vivent les tensions entre la fin du mois et la fin du monde, là où se construisent aussi l’entraide, l’autogestion, les résistances et les bifurcations.
Disclaimer : ce récit est partiel, il ne reflète que les sessions auxquelles son auteur a pu se rendre 😉
Jour 1 – Les premières discussions !
Il est 18h30 ou 19h lorsque j’arrive, la salle est bien remplie. Certain·es ont déjà assisté à des discussions durant l’après-midi, mais ces assises démarrent réellement maintenant.
Les assises démarrent donc par quelques mots d’Édouard Denouel, qui se présente en hôte. Intro classique du politique local, dans laquelle il retrace la victoire de son camp aux élections législatives. Malheureusement, pas un mot sur la démocratie, la démocratie directe ni le communalisme. Un peu à côté du sujet.
Seconde intro ensuite par Fatima Ouassak, essayiste, militante, entre autres co-fondatrice du collectif Front de Mères. Elle nous parle de l’écologie pirate, « des personnes qui ne se sentent jamais légitimes ». Du besoin que peuvent ressentir les sans-terre de se réancrer dans les quartiers populaires. Il est beaucoup question de la victoire à Bagnolet, porteuse d’espoirs.
Démarre ensuite la première table ronde des assises du communalisme.
Le thème : « Face au backlash écologique : défendre une écologie sociale et communaliste »
Qu’est-ce que le backlash écologique ? Selon Wikipédia : Le backlash, ou retour de bâton conservateur, regroupe les offensives réactionnaires contre les efforts visant à promouvoir les droits des femmes ou des minorités, ou encore la cause écologique.
Autour de la table : Fatima Ouassak (voir ci-dessus), Pierre Sauvêtre (maître de conférences), Margot Medkour (Nantes Populaire), les Soulèvements de la Terre, Sergio Coronado (Les Verts Populaires).
On commence par une intro qui tape fort sur EELV, et personne ne s’en offusque dans l’assistance. Vient ensuite la première question de ce débat : « Comment faire pour lutter contre le backlash écologique ? »
Sergio Coronado se lance en premier pour essayer de faire passer le message que l’écologie s’est trop longtemps satisfaite de l’illusion qu’il était possible de changer le système… tout en se complaisant dans celui-ci. Selon lui, il faut se préparer à l’inévitable confrontation, revenir à la lutte des classes.
Fatima Ouassak prend la suite. Elle ne croit pas au backlash écologique et féministe. Au contraire, pour elle, le débat est fort, la confrontation est de plus en plus forte, et c’est peut-être la raison de la baisse de visibilité dans les débats du système dominant. L’écologie ne fait que monter à gauche, mais n’est plus sur le seul terrain du climat.
C’est maintenant au tour des Soulèvements de la Terre. Leur combat ne part pas du climat, mais de la répartition de la terre, de ses usages, de ses accaparements. Le backlash, c’est la réponse que l’État en voie de fascisation fait aux luttes. Il est nécessaire d’être en conflit avec l’écologie bourgeoise. Il faut déborder l’écologie et faire la jonction avec les luttes sociales, l’antifascisme, les luttes décoloniales*… Construire des réseaux de résistances, reconnecter les mondes urbains et ruraux.
Au tour de Margot Medkour de prendre la parole. Le backlash écologique, c’est la radicalisation de la bourgeoisie. Plutôt qu’à un autoritarisme vert, c’est plutôt à l’avènement du technofascisme* que nous sommes en train d’assister. La volonté de créer la prise de conscience écologique est un échec. La seule écologie qui a réussi est celle qui ne mettait pas en péril le système. C’est une écologie urbaine.
Margot Medkour sera la première à citer le mot communalisme durant cette table ronde.
Pierre Sauvêtre clôture ensuite ce premier tour de table ronde. Selon lui, le terme de backlash est faux, parce qu’il laisserait entendre que l’on allait dans la bonne direction. Son propos porte principalement sur le besoin qu’auraient les urbains de mieux se connecter au monde rural, afin de permettre un meilleur attachement à nos milieux de vie. Il évoque le communalisme en soulignant que c’est l’auto-gouvernement de nos milieux de vie.
Fin de cette première phase de table ronde. L’animatrice lance le second tour avec cette question : « Comment vous situez-vous sur la lutte des classes et le communalisme ? »
À ce moment, la discussion devient quelque peu tendue ! Et malheureusement mes notes seront un peu moins précises que sur la première partie.
Fatima Ouassak reprend la parole et rappelle à quel point, pour elle, les récentes victoires aux municipales sont importantes. « À Bagnolet, on s’en fout de Sainte-Soline » (sic). Pour elle, le communalisme, c’est pouvoir dire non, pouvoir reprendre le pouvoir. Manifestement, l’appel à se coordonner ne passe pas. « Qui va coordonner ? ». Il faudrait selon elle se concentrer sur le commun plutôt que de se tirer dans les pattes.
Lae représentant·e des Soulèvements de la Terre précise qu’iel a évoqué Sainte-Soline parce que cela lui a été demandé. Iel quittera la table ronde quelques instants plus tard, suite à des échanges tendus.
Pierre Sauvêtre prendra aussi la parole pour nous expliquer que le communalisme est un très ancien rapport d’entraide entre humains et non-humains. C’est la continuation dans le monde humain des rapports de symbiose qui existent entre non-humains. Le communalisme est encore à développer. Il y a besoin de créer des confédérations qui se passent de toute hiérarchie.
Les présidentielles de 2027 reviennent dans la discussion avec Sergio Coronado, qui appelle à une plateforme communaliste. Ce qui fait revenir La France insoumise dans la discussion.
Ouf, c’était sport ! Pas certain que l’audience ait vu clair dans la pensée des différents intervenants concernant le sujet de départ, qui était « défendre une écologie sociale et communaliste ».
Jour 2 – Les cycles de discussions
Le samedi, plusieurs cycles de discussions ont été organisés. J’ai eu l’occasion d’en suivre deux.
Demain, quelle organisation du travail et quel mode de production dans une société communaliste ?
Cette discussion était animée par le Réseau Éco-Syndicaliste. Ce réseau a pour vocation de soutenir les luttes syndicales en lien avec l’écologie et d’outiller les militants.
Né en 2021, le réseau tente de dépasser l’opposition classique entre emploi et environnement.
Peu de participants dans cette discussion, mais c’est sans doute aussi ce qui a fait sa richesse. Après quelques échanges, nous nous sommes séparés en deux groupes afin de réfléchir à ce que devraient être les principales revendications écologiques des travailleurs, et à quelles stratégies et modes d’action adopter.
Les discussions en petits groupes comme lors de la mise en commun ont été riches : liaison des revendications des travailleurs et des usagers ; congé climatique ; clause de conscience écologique et droit de retrait ; garantie de salaire et suivi du « grade » ; suppression des systèmes de primes ou limitations drastiques.
Autant de sujets qui visent entre autres à permettre aux lanceurs d’alerte de ne pas risquer leur emploi ou leur salaire lorsqu’ils dénoncent des pratiques et des projets problématiques vis-à-vis de l’environnement.
Malheureusement, même si la discussion fut très intéressante, le communalisme ne fut pas vraiment le sujet évoqué.
Construire l’autonomie matérielle à l’échelle des territoires : alimentation, santé, énergie, comment faire ?
L’autonomie matérielle était le thème de la discussion suivante à laquelle j’ai eu l’occasion d’assister.
Je dois avouer que j’ai pris fort peu de notes sur cette session. Malheureusement, les deux animateurs ont réalisé des introductions très longues, et l’atelier était très peu structuré.
Il a été question de beaucoup d’exemples d’initiatives finalement portées par les pouvoirs publics. Avec tout de même des remarques sur le fait que, justement, l’intervention des institutions avait tendance à déliter les projets d’autonomie proches de l’esprit communaliste.
Je suis sorti relativement déçu de cette session.
Dialogue avec Manuel Bompard : La France insoumise, alliée des communalistes ?
Retrouvez mon compte rendu de cet échange entre Manuel Bompard, La France Insoumise et le communalisme sur le blog Communivers.
Conclusions
Ces assises du communalisme étaient un exercice d’équilibriste. Et l’équilibre a été compliqué à tenir.
D’une part, ça a été l’occasion de faire parler du communalisme*. Terme encore très ambigu pour beaucoup de monde. Situé par bon nombre entre démocratie participative* et municipalisme libertaire*. De ce point de vue, c’est plutôt une réussite. Du monde, venant de diverses organisations, pas toujours en lien direct avec les organisateurs, des militants locaux… Ces assises ont été une très bonne occasion de faire parler de l’écologie sociale* et du communalisme.
Néanmoins, ce mélange des genres a aussi son revers. Revers très fortement teinté par les échéances électorales de 2027. Dans les sessions auxquelles j’ai eu l’occasion d’assister, on a très peu cité Murray Bookchin.
Nous avons beaucoup entendu le rejet net du réformisme façon écologiste et EELV. Mais l’alternative à une victoire par les urnes semble un non-sujet. Je n’ai pas entendu une seule fois le terme double pouvoir*, qui semble pourtant essentiel pour aborder les prochaines années et organiser la résistance si l’extrême droite passe.
* Quelques définitions :
Communalisme — Projet politique qui fait de la commune, gouvernée par l’assemblée de ses habitant·es, l’unité de base du pouvoir, les communes se fédérant ensuite en confédérations. Murray Bookchin adopte ce terme à la fin de sa vie pour désigner ce qu’il appelait jusque-là le municipalisme libertaire.
Municipalisme libertaire — Stratégie formulée par Murray Bookchin dans les années 1970-1980 : investir l’échelon municipal pour y installer des assemblées populaires souveraines, et opposer leur confédération à l’État-nation.
Écologie sociale — Courant de pensée, également issu de Bookchin, selon lequel la crise écologique prend racine dans les rapports de domination entre humains. On ne peut donc pas la résoudre sans défaire ces hiérarchies.
Démocratie participative — Ensemble de dispositifs (budgets participatifs, conseils de quartier, consultations) qui associent les habitant·es à la décision publique sans leur transférer le pouvoir de décider, qui reste aux élu·es.
Double pouvoir — Situation dans laquelle des institutions populaires (assemblées, coopératives, structures d’entraide) acquièrent assez de légitimité et de capacité concrète pour concurrencer le pouvoir d’État, jusqu’à le rendre superflu.
Luttes décoloniales — Luttes qui s’attaquent aux rapports de domination hérités de la colonisation et toujours à l’œuvre (économiques, politiques, culturels) au-delà de la seule question de l’indépendance formelle des anciennes colonies.
Technofascisme — Désigne la convergence entre un projet politique autoritaire et la puissance des grandes entreprises technologiques, celles-ci fournissant les infrastructures de surveillance et de contrôle.
Article publié par JL Oriaux
