Plus d’un mois après les élections, l’ensemble des délégations de la mairie de Grenoble sont maintenant connues. Ces derniers jours, ce fut pour Laurence Ruffin, nouvelle maire de Grenoble, l’occasion de faire le tour de plusieurs médias afin de poser le cadre de son futur mandat.
Après cette première expérience électorale, Grenoble Alpes Collectif reste plus que jamais présent dans le champ politique local. Nous avons entamé une phase de réflexion sur l’évolution de notre action, mais une chose est déjà certaine, nous désirons incarner un contre-pouvoir exigeant durant toute la mandature qui vient de démarrer.
En quelques semaines, Laurence Ruffin et sa majorité ont déjà accumulé de nombreuses annonces dans les médias visant à installer leurs axes prioritaires et faire la différence avec le mandat d’Eric Piolle :
« Il va falloir s’en inspirer car ce mandat va être exigeant… C’est dans cet esprit de coopération que je souhaite exercer ma responsabilité. Je serai une maire à l’écoute et une maire exigeante. » – Laurence Ruffin, conseil municipal du 27 mars.
Une ville n’est pas une entreprise, pas même une coopérative
« Oui, la coopération c’est mon histoire. La coopération parle d’un type de modèle de société dont on rêve mais aussi, très concrètement, de la manière dont on le met en place. C’est du temps court et du temps long. Là, je nous ai donné quatre mois, jusqu’au 14 juillet, pour montrer qu’on transforme cet état d’esprit en actes forts. » — Laurence Ruffin, 11 avril 2026, Mediapart
Laurence Ruffin semble tirer beaucoup d’enseignements de son expérience dans le monde de l’entreprise coopérative. Peut-être trop. Une ville n’est pas une entreprise. La cité n’est pas réductible à un modèle économique, fut-il vertueux, fut-il coopératif.
La majorité municipale se donne 4 mois, jusqu’au 14 juillet, pour transformer “cet état d’esprit en actes forts”. Dont acte, nous donnons rendez-vous à la majorité le 14 juillet pour vérifier ces actes forts qui auront ou non été réalisés d’ici là.
Une ville rassemble aussi celles et ceux qui ne “coopèrent” pas, qui contestent, qui sont en marge, qui ne se sentent pas concerné·e·s, qui n’y croient plus. Une municipalité ne peut pas se contenter d’attendre que les habitant·e·s coopèrent.
Une municipalité doit prouver, sur chaque décision, qu’une autre voie est possible : celle où les habitant·e·s ne sont pas consulté·e·s mais délibèrent en assemblées. Où ces assemblées de quartier ne sont pas des chambres d’enregistrement ou de doléances mais des lieux de décision effective, où le pouvoir municipal ne s’exerce plus pour les habitant·e·s mais avec et par eux.
Référendums et maisons du quotidien : des outils, pas un projet démocratique
« Nous serons les élus de tous les Grenobloises et les Grenoblois, nous serons attentifs à les associer à l’ensemble des décisions qui les concernent. » – Laurence Ruffin, conseil municipal du 27 mars
Cette déclaration ne cadre pas avec d’autres déclarations et avec le programme de Oui Grenoble. Jusque là, il est bien plus question d’une accumulation d’outils que d’un réel projet démocratique.
Les référendums citoyens, ouverts dès seize ans, sont une avancée que nous saluons. Mais un référendum consulte, il ne partage pas le pouvoir. Il fait des habitant·e·s les arbitres de questions formulées par d’autres, et non les auteur·rice·s des décisions qui façonnent leur ville. C’est un outil démocratique utile, ce n’est pas une architecture démocratique.
Les « maisons du quotidien » partent quant à elles d’une intention sympathique : retisser du lien dans les quartiers, rapprocher les services des habitant·e·s. Mais nous serons attentifs à ce qu’elles ne glissent pas vers une vision moralisatrice du lien social. Quand la maire explique que les habitant·e·s « saliront moins » parce qu’iels connaîtront les agent·e·s d’entretien, on sort du registre démocratique pour entrer dans celui du civisme édifiant. Une maison de quartier n’a pas vocation à éduquer les habitant·e·s à la propreté : elle a vocation à leur donner les moyens de décider ensemble de ce qui se passe dans leur quartier.
Ce qui manque, dans cet inventaire d’outils, c’est précisément ce qui ferait projet : une véritable architecture de co-décision. Des assemblées de quartier dotées d’un pouvoir réel, et pas simplement consultatif, sur les arbitrages qui les concernent. Des budgets véritablement délibérés, et pas simplement « participatifs ».
« Associer les habitant·e·s à l’ensemble des décisions qui les concernent » : nous prenons la maire aux mots. Mais associer n’est pas décider. Nous attendons, sur ce point précis, autre chose que des outils : de la co-décision.
Notre boussole : dépasser le système représentatif
Si nous sommes exigeants envers la nouvelle majorité, c’est parce que nous continuons à porter une autre ambition pour Grenoble.
Nous pensons que le système représentatif, tel qu’il s’exerce aujourd’hui a épuisé ses promesses. Voter tous les six ans pour déléguer à une équipe ne suffit plus. Le constat est désormais largement partagé : abstention massive, défiance envers les institutions, sentiment d’impuissance face à des décisions qui se prennent ailleurs et sans nous.
Notre boussole, c’est le communalisme : la conviction que la commune est l’échelle où peut et doit se réinventer un véritable pouvoir des habitant·e·s sur leur territoire. Non pas une consultation, mais un transfert de pouvoir. Non pas l’écoute attentive d’élu·e·s bienveillant·e·s, mais des institutions où les habitant·e·s délibèrent et tranchent eux-mêmes. Non pas la participation comme supplément d’âme, mais l’auto-gouvernement comme principe.
Cette vision, nous l’assumons. Elle ne se décrète pas en un mandat, et nous savons qu’elle suppose un long travail, théorique, pratique, militant. C’est précisément l’objet du chantier de réflexion que nous avons engagé au sein de Grenoble Alpes Collectif. D’ici là, nous resterons engagé·e·s, présent·e·s, vigilant·e·s. Parce que la démocratie ne se met pas en pause.
Rendez-vous le 14 juillet (et tous les jours d’ici là)
Laurence Ruffin a fixé elle-même l’échéance : le 14 juillet, pour transformer son « état d’esprit en actes forts ». Nous y serons. Mais nous serons aussi là tous les jours d’ici là, et tous les jours du mandat, attentif·ve·s à chaque décision du conseil municipal, à chaque arbitrage, à chaque écart entre les paroles et les actes.
Nous serons aussi là, aux côtés des luttes locales, pour apprendre d’elles autant que pour les soutenir, et chercher ensemble comment renforcer la démocratie qui s’y invente déjà.
À toutes celles et tous ceux qui partagent notre exigence démocratique, qui pensent que Grenoble mérite mieux qu’une démocratie de bonnes intentions : rejoignez-nous.
Notre prochaine rencontre aura lieu le 7 mai pour accueillir les nouvelles et nouveaux qui seraient intéressé·e·s par notre projet, mais aussi pour se retrouver tous ensemble, rendez-vous le : 7 mai 18h30-20h30 – Maison de la Vie Associative et Citoyenne – 6 rue Berthe de Boissieux, Grenoble
