Qu’est-ce que le street pooling ?
Alors que la chaleur touche Grenoble et le reste de la France comme jamais en mai, se pose la question de l’adaptation de l’espace public pour répondre au besoin de fraîcheur des habitants et habitantes. Rappelons le ici l’accès à l’eau est un droit universel reconnu par les Nations unies. L’accès à la fraîcheur est aussi un besoin essentiel.
Mais face à ce besoin primaire, on voit depuis quelques jours un traitement journalistique et politique critique du street pooling ou la façon dont des jeunes ouvrent des bornes incendie pour se rafraîchir. France 3 Auvergne Rhône Alpes reprend le communiqué de Grenoble Alpes Métropole qui fait état de 14 bornes ouvertes et 3 millions de litres d’eau perdus.
Comme le souligne Mediapart le traitement médiatique et politique est profondément raciste :
En quelques jours de canicule, ces Français et Françaises ont été scruté·es par les médias et ciblé·es par des personnalités politiques d’extrême droite.
Leur point commun : être noir·es, arabes ou perçu·es ainsi, et avoir cherché des points de rafraîchissement dans l’espace public.
« Il est toujours plus simple de désigner des responsables que de regarder les causes profondes du problème », résume Sanaa Saitouli, cofondatrice de Banlieues Climat, une association qui sensibilise les quartiers populaires à l’écologie. « Derrière chaque image, il y a souvent une réalité sociale, territoriale et climatique qui mérite d’être comprise plutôt que caricaturée. »
Si on se limite à pointer du doigt les risques provoqués par une telle pratique et la perte d’eau que ça provoque, les réponses politiques apportées sont catastrophiques. Le maire d’Asnières sur Seine a par exemple envoyé la facture à deux familles précaires suite à l’identification de leurs enfants par vidéo surveillance. La répression des familles ne sera jamais la solution.
En quoi est-ce un enjeu politique ?
Au Grenoble Alpes Collectif, on défend une approche basée sur l’écologie populaire et sociale. Si on prend une telle perspective, le street pooling apparaît non pas comme un problème en soi mais le révélateur d’une problématique plus large : si les citoyen.nes y ont recours c’est que les pouvoirs publics ne répondent pas à leur besoin primaire : avoir accès à l’eau et à la fraîcheur.
Si l’ouverture de Jean Bron sur trois saisons est une bonne chose, ses horaires d’ouverture sont largement insuffisants jusqu’au 15 juin avec maximum 2h10 d’ouverture en semaine (Du 30 mars au 5 juin 2026 : Lundi et mercredi : 12h-13h30 / Mardi, jeudi et vendredi : 17h30-19h40 / Samedi : 9h-12h40. Fermeture technique entre le 6 et le 14 juin)
Quant aux autres annonces de la nouvelle municipalité, elles sont largement insuffisantes : ombrager une rue, une équipe citoyenne “vigilance canicule” et permettre l’accès à l’Isère une seule journée de l’été le 29 août, apparaissent comme des annonces politiques insignifiantes face à la canicule qui touche en particulier les plus précaires qui ne peuvent pas autant se déplacer vers des lieux de fraîcheur que ceux qui ont les moyens d’avoir une ou plusieurs voitures et de faire le plein.
La métropole invite les grenoblois.es à se rafraîchir dans les espaces prévus et notamment les lacs, piscines municipales et espaces publics équipés de brumisateurs. Mais comment accéder aux lacs de la métropole sans voiture individuelle ? Le car région pour aller de Grenoble à Laffrey ne fait qu’un trajet entre 7 heures et 16 heures pour aller en direct au lac le samedi par exemple. Pour aller au lac de Paladru, il n’y a pas de transport direct depuis l’agglomération grenobloise, il faut compter 1h30 à 3h pour atteindre la première plage de Charavines et il y a un vrai problème d’accès au lac car la majorité des plages sont privées ou interdites de baignade. Le lac de la terrasse n’est pas ouvert avant le 3 juin. Le Bois Français est accessible en vélo mais plus difficilement en transports en commun avant l’été.
Au Grenoble Alpes Collectif nous demandons un vrai plan d’urgence canicule :
- une mobilisation conjointe de la ville, de la métropole, du SMMAG, de la région pour au moins un bus par heure direct pour accéder aux lacs de la métropole (notamment les plus proches : Paladru/Monteynard/Laffrey/Bois Français/Lac de la Terrasse)
- une réelle mise en oeuvre de l’accès à la baignade dans l’Isère en concertation avec le collectif des gens qui ont chaud
- des horaires élargis pour la piscine Jean Bron avant même le 15 juin
- rouvrir le chantier pour l’ouverture de piscines dans les quartiers populaires grenoblois après la fermeture de la piscine Vaucanson et des Iris pour une égalité d’accès aux piscines sur le territoire municipale
- Reprendre le projet du lac de la Villeneuve en partant de la proposition des habitant.es avec une assemblée citoyenne décisionnaire à l’échelle du quartier
